Cette recherche se penche sur le sens que pourrait avoir une pratique artistique des textiles dans le présent contexte influencé par l’impact du numérique et des recherches scientifiques.
A partir d’une définition des textiles en tant que matière filée et assemblée en fonction des structures et combinatoires spécifiques qui sert de matériel pour des concrétisations textiles, nous avons cherché à mettre en évidence la nature “autre” qu’introduisent les textiles électroniques et intelligents. Résultat d’un déplacement de la manière de s’approprier la matière, en tant que “substance-information” prête à être activée et réactivée, notre parcours a mis en évidence un changement d’épistème qui favorise le contrôle expérimental de la matière, ainsi que la mathématisation de ses performances.
La hyperartificilisation des propriétés des textiles électroniques et intelligents, le contrôle de leur structure moléculaire et atomique, l’internalisation des techniques d’usinage dans la structure même des textiles transforment les fibres, les fils et les objets textiles en objets “pro-grammés”, “codés”, des objets cybernétiquement “écrits”. Misant sur la flexibilité et sur l’interactivité, les nouveaux textiles ne font autre chose que substituer la surface à l’interface, alors que les textiles eux-mêmes sont devenus des “ordinateurs souples”. De ce point de vue nous proposons parler d’une “re-technicisation” des textiles, ré-technicisation qui change le rapport à l’altérité et demande une nouvelle écologie en égale mesure physique et sémantique.
Bien que favorisant une “production variable” et une “production co-participative”, le numérique peut reconduire une production industrielle. Cette ré-industrialisation de la production textile résulte du fait qu’une “créativité absolue” n’est pas possible dans le cadre d’une conduite dirigée, écrite d’avance, car elle nécessite une réelle capacité d’invention et d’innovation, avec tous les responsabilités et les risques que cela implique.
De ce point de vue les textiles s’avèrent un cas paradigmatique pour le rapport qu’entretiennent les arts et les technosciences. La techno-codification des moyens de communication et l’extension de ceux -ci à l’ensemble de la matière est en train d’ouvrir une nouvelle voie, voie qui va probablement heurter les vieux programmes de la philosophie, de la science et de la politique.