« Le design : une attitude pas une profession », selon le mot de László Moholy-Nagy, est un champ d’émergence des objets et environnements, qui, aussi bien sur le plan de sa pratique que sur celui de sa théorie, pose quelque difficulté quant à sa définition et soulève la question des différentes manières de conduire un projet.
Ainsi partant du constat de cette indéfinition, nous enquêterons sur le processus et les différents modes opératoires que met en jeu cette attitude a-disciplinée qu’est le design.
Que fait le design ? Où et comment opère-t-il activement, de manière vive, plus que simplement « créative » ?
Il s’agira de voir comment l’activité déborde des cadres spécifiques et couramment admis de l’agence, du bureau d’étude, ou de l’école, déjoue les stratégies, et œuvre, selon le mot de Michel de Certeau dans L’invention du quotidien, par « coups tactiques », de manière silencieuse, frémissante, voire irrévérencieuse, via des phénomènes productifs parallèles, qu’il s’agit de mettre en lumière, de qualifier et d’analyser comme autant de failles productives, de désorientation ou réorientations industrielles, d’occurrences d’un design pérecien de l’« infra-ordinaire », aux échelles diverses, aux géométries variables, mais aux potentialités considérables.
La prise en compte, l’étude et la mise en perspective, au regard des différentes discussions qu’elles suscitent, de ces manifestations fragiles, à l’aune d’une modernité « faible et diffuse » (d’après l’expression d’Andrea Branzi), corpus émietté, mais actif et fécond, entend révéler la part non-négligeable dans l’histoire, et encore aujourd’hui, non-héroïque mais toujours fabricante, d’un design comme poétique de l’ordinaire.